Article • mardi 22 septembre
Chers amis, avant de nous confronter aux différentes réactions des ouvriers de l'évangile, je souhaite que nous contemplions l'attitude du maître du domaine. Ce maître ne reste pas sagement assis chez lui en attendant que ses biens portent du fruit. À chaque heure de la journée il sort de chez lui afin d'embaucher de nouveaux ouvriers. Le maître ne cesse de sortir. C'est dans cette attitude que nous trouvons la première image du Royaume des Cieux. Dieu ne se lasse pas de venir jusqu'à nous pour que nous travaillions à l'avènement de Son Royaume. Nous le savons bien : dans l'histoire du Salut, le Seigneur est allé au-devant de son peuple par les patriarches, par les prophètes, et enfin par Son Fils. Et Il ne cesse de relayer cette invitation à Le suivre par Ses disciples. Chers amis, gardons cela au cœur : Dieu ne cesse de venir jusqu'à nous. Et lorsque nous lisons cet évangile, nous sommes invités à nous émerveiller de cela. Bien au contraire, souvent nous restons enfermés par un sentiment d'injustice pour les ouvriers de la première heure. Pourtant le Seigneur nous met en garde : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Si nous souhaitons comprendre le Père, il nous faut d'abord Le contempler lorsqu'Il ne se lasse pas de venir nous chercher, quelle que soit l'heure de la journée, quels que soient les événements que nous traversons… Maintenant que nous avons bien cela en tête, tournons-nous vers les différents ouvriers et leur manière de répondre à l'appel… Nous pouvons lire cet évangile de multiples manières. Dans les différentes heures évoquées, les Pères de l'Église y ont vu les différentes étapes de l'histoire du salut, les chrétiens étant les ouvriers de la dernière heure… Une autre manière de le lire est d'identifier les ouvriers de la première heure à ceux qui grandissent dans la foi depuis le berceau, et les ouvriers de la onzième heure à ceux qui se convertissent in extremis. Ces différentes interprétations sont bonnes, mais ce ne sont pas les seules. N'enfermons pas l'évangile dans une interprétation faite un jour et qui, ensuite, nous bloque pour relire le texte. Il n'est pas garanti que, même si nous avons grandi dans la foi depuis notre enfance, nous ne soyons pas les ouvriers de la onzième heure… Je nous invite à voir, dans les réactions de ces trois groupes d'ouvriers, différentes étapes de notre vie spirituelle. La première étape peut se manifester dans les ouvriers de la première heure. La relation avec le maître du domaine commence par un échange sur le salaire de la journée. Et cela semble tout à fait légitime : tout travail mérite salaire. Une fois l'accord conclu, les ouvriers partent à la vigne… Face à l'appel de Dieu à Le suivre, nous passons également par ce dialogue : nous cherchons à comprendre ce que nous avons à y gagner. Combien de fois des jeunes me demandent-ils : à quoi ça sert d'avoir la foi ? Qu'est-ce que j'ai à gagner en « endurant le poids » d'une morale ? Et là encore c'est légitime, car la volonté ne s'engage que dans la recherche d'un bien pour soi. Dans tout début de vie spirituelle il y a une part d'égoïsme, de recherche de soi. Nous essayons alors de présenter la relation à Dieu comme quelque chose qui nous fait du bien… Mais si nous ne dépassons pas cela, nous ne pourrons pas accueillir la joie du Royaume. Les ouvriers de la première heure n'ont pas su accueillir le don du maître car ils le considéraient comme un dû. Ils n'arrivent pas à se réjouir de sa bonté désintéressée car ils n'étaient tournés que vers leur propre bien, enfermés sur eux-mêmes et leur mérite. Et c'est cela qui leur fait ressentir comme une grande souffrance le fait d'avoir « enduré le poids du jour », tout en fermant leur cœur… Une deuxième étape dans la vie spirituelle peut se manifester dans les ouvriers du milieu de la journée. Ils sont envoyés à la vigne avec une seule promesse : « Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » Ils n'ont pas l'illusion des premiers, qui pensaient mériter leur salaire, mériter leur sainteté. Eux attendent seulement ce qui sera juste. Ils ne se jugent pas, mais ils font confiance au maître. Une certaine humilité habite leur cœur. Mais ce qui les fait partir à la vigne, c'est encore une promesse de récompense. La dernière étape de la vie spirituelle se manifeste dans les ouvriers de la onzième heure. Pour eux, il n'y a plus de promesse, seulement un appel : « Allez à ma vigne, vous aussi. » Ils connaissent la douleur d'être au chômage, et l'invitation les comble de joie… Dans notre relation à Dieu, nous sommes invités à basculer dans une relation où nous n'attendons plus la promesse d'une juste récompense. Ce n'est plus cela qui nous donne le désir de travailler pour le Royaume. Nous tirons notre joie de vivre simplement en présence du Seigneur, de faire ce que nous avons à faire. Notre bonheur est d'être auprès du Maître. Et puis c'est tout. Car nous connaissons la douleur d'être loin de Lui, de ne pas savoir que nous sommes Son Temple… « Dieu est Dieu et cela me suffit » : voilà toute ma joie et ma vie. Chers amis, demandons la grâce de vivre cette bascule dans la vie spirituelle. De chercher Dieu pour Dieu. Nos jours ne seront alors plus un poids à supporter sous toutes sortes d'obligations et d'attentes. Nous pourrons quitter la logique du mérite et de la réussite pour entrer dans celle du don et de la miséricorde. Celle où nous découvrons, dès ici-bas, le Royaume de Dieu : la présence fidèle de Jésus Ressuscité. Amen.
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