Article • dimanche 25 octobre
Homélie - 30 ordinaire A
Chers amis, nous connaissons par cœur ce double commandement de l'amour que nous venons de réentendre dans l'évangile. Nous savons qu'en tant que disciples du Christ, c'est notre règle de vie. C'est ce que nous cherchons à vivre pleinement. Et chaque jour nous renouvelons notre désir de nous conformer à ce grand commandement de l'amour. Gardons courage !… En relisant cette page de l'évangile, je me suis demandé : « comment aimer ceux qui ne sont pas aimables ? » Littéralement, ceux qui ne manifestent rien pouvant attirer l'amour… Si cette question vous choque, il vous suffit de penser à toutes ces images que vous avez sûrement regardées montrant des hordes de casseurs. Avouons que ce n'est pas l'amour qui déborde en premier de notre cœur. Pourtant ce commandement du Christ n'admet aucune exception. J'ai alors continué ma méditation et un chant a surgi dans ma tête : la Strasbourgeoise. Et notamment ces vers que l'on chante à la fin : « Vous avez eu l'Alsace et la Lorraine, Vous avez eu des millions d'étrangers, Vous avez eu Germanie et Bohême, Mais mon p'tit cœur vous ne l'aurez jamais, Mais mon p'tit cœur, lui, restera français ! »… Oui, il peut y avoir des associations étonnantes lorsque nous méditons la parole de Dieu… En réalité, ce n'est pas l'aspect patriotique qui m'intéresse, mais bien ces quelques mots : « Mais mon p'tit cœur vous ne l'aurez jamais. » La haine engendre la haine. Et les images qui inondent nos réseaux sociaux et les médias font naître la violence dans les cœurs. L'obéissance au commandement du Seigneur commence alors par un acte de résistance : résistance à la haine qui surgit dans notre cœur. Obéir à Dieu, c'est commencer par dire aux forces du mal : « Vous n'aurez pas mon cœur. Je ne me laisserai pas prendre à votre piège. » Suivre les commandements de Dieu, c'est choisir de ne pas baisser les bras et de ne pas se laisser aller au mépris, au désespoir ou à la violence. Sinon le mal est doublement vainqueur. La plus grande victoire du démon n'est pas dans les dégâts matériels, aussi terribles soient-ils pour tant de commerçants. Sa plus grande victoire est dans la diffusion de son poison dans les cœurs. Un poison déguisé en justice. Un poison qui étouffe peu à peu le brasier d'amour que le Seigneur a allumé en nous… Je signale par ailleurs que la haine est une grande porte d'entrée du démon. Il n'y a pas besoin de faire du spiritisme pour s'attirer de mauvais esprits qui viennent ensuite nous tourmenter. L'adhésion à la haine dans notre cœur ouvre toute grande la porte au démon et nous lie à lui… Chers amis, il est temps d'entrer en résistance ! Ne laissons pas nos cœurs être envahis par l'ennemi des origines, l'antique serpent. Choisissons d'aimer, coûte que coûte ! Rappelez-vous que la douleur de l'enfer, c'est d'être aimé alors qu'on ne le veut pas. Nous pouvons infliger cette douleur aux âmes pour les réveiller ! Regardez saint Maximilien Kolbe : le médecin chargé de lui donner la mort ne pouvait pas supporter son regard d'amour… Il n'y a que cela qui peut changer ce monde. Ne nous laissons pas vaincre par le mal, mais au contraire « soyons vainqueurs du mal par le bien » (Rm 12, 21). Mais alors, comment cela est-il possible ? Premièrement, il nous faut nous réconcilier avec notre impuissance. Cette impuissance à faire la paix, à empêcher l'horreur, ajoute du trouble à nos cœurs. Si nous ne refusons pas l'orgueil de la toute-puissance, nous n'arriverons pas à trouver la paix qui est le berceau de l'amour… Deuxièmement, il nous faut vivre à notre mesure. La force des écrans et des images nous fait sortir de notre quotidien, de nos relations concrètes. Nous voyons trop de haine. Notre cœur ne peut pas gérer ces immenses flots de mal… Au contraire, le Seigneur nous donne la force d'aimer ceux que nous rencontrons aujourd'hui. La grâce, ce pain quotidien, est donnée pour chaque jour, pour chaque rencontre concrète. Le double commandement de l'amour ne se vit que dans le concret. Commençons par ceux que nous voyons chaque jour : notre famille, nos collègues, nos voisins… C'est là que notre combat spirituel commence ! L'amour universel n'est possible que s'il est vécu dans le particulier. C'est là tout le message de l'Histoire Sainte. Dieu choisit un peuple, non pas pour délaisser les autres, mais pour nous apprendre que l'amour n'existe que dans la relation personnelle. C'est face à un visage concret que nous pouvons faire taire la haine qui sommeille dans le cœur et laisser poindre l'amour, don de Dieu. Chers amis, soyons de fidèles disciples du Ressuscité, de Celui qui a donné Sa vie pour nous… et pour les autres aussi. Résistons au mal et répétons sans cesse : « mon p'tit cœur vous ne l'aurez jamais », car mon p'tit cœur appartient au Christ… Notre monde a besoin de nous. Il a besoin de résistants par l'amour. Chaque refus d'adhérer au mal, au plus profond de notre cœur, est une immense victoire pour notre monde et fait du bien à tous. Croyons-le vraiment. Amen.
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