Article • dimanche 2 août
Chers amis, « qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? » Telle est la grande question que saint Paul lance aux Romains. Et que nous nous posons sans cesse !… Nous savons bien que Dieu nous aime. Nous ne cessons de le répéter. Nous sommes même capables d'en faire un slogan : « Souris, Jésus t'aime. » Et pourtant nous avons tant de mal à y croire. Au gré des événements de notre vie, au gré des rencontres, nous sommes ballottés par ce sentiment qui s'insinue sournoisement en notre cœur : « Et si Dieu m'avait oublié ? Et si Dieu ne m'aimait pas vraiment ? Et s'il me regardait de loin ? À vrai dire, qui pourrait lui en vouloir de ne pas être attentif à une si pauvre personne… » Et peu à peu ces murmures deviennent un véritable poison. Nous voici alors comme la foule affamée : nous avons suivi Jésus pour l'écouter, il a réjoui nos cœurs, nous avons aimé l'entendre. Mais maintenant nous avons faim, nous nous sentons délaissés. Il proclame de belles paroles, mais qu'en est-il réellement pour notre vie ?… Je rentre d'une semaine de session avec des jeunes à Paray-le-Monial. Cette question de l'amour de Dieu est présente dans tous les cœurs. Combien de jeunes, lors de différents entretiens, m'ont exprimé une certaine angoisse, une incertitude face à l'action de Dieu dans leur vie, face à un sentiment de délaissement… Et non seulement les jeunes ! Cette incertitude face au fait d'être aimé — et peut-être davantage encore l'incertitude d'être aimable — traverse tous les âges… Et notre Seigneur nous a donné une magnifique réponse dans ce petit village de Bourgogne. Jésus a daigné montrer son cœur à une petite religieuse en s'exclamant : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes. » Et il nous montre son cœur à nous également. Il nous invite à le contempler, à être saisis par cet amour qui se donne jusqu'au bout. Un amour qui, dans l'évangile de ce jour, le « saisit de compassion » pour la grande foule qui l'attend… Dieu n'est pas insensible à notre vie ! Mais voilà que nous sommes blessés. Nous ne comprenons l'amour d'une personne qu'à travers les sentiments qui s'éveillent en nous. Et il est vrai que ce n'est pas d'abord le mode d'action du Seigneur. Bien sûr, de temps en temps, il nous permet de goûter, à l'intime de notre cœur, une grande attirance pour Lui ou bien la chaleur de Sa présence. Mais ce n'est pas le plus habituel. Dans l'évangile, nous découvrons que Jésus, pour accomplir le grand miracle de la multiplication des pains, choisit une médiation : ses disciples. « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Après avoir manifesté Sa compassion par Son enseignement et Sa parole vivifiante, il n'oublie pas que nous avons un corps et qu'il faut en prendre soin. Mais pour cette action, il passe par ses disciples. Chers amis, Dieu a choisi des médiations pour exprimer son amour pour le monde. Il nous confie les uns les autres afin que nous puissions manifester à chacun que « rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu. » Et cela passe par la fraternité !… Je vous parlais de ces jeunes et moins jeunes qui doutaient de l'amour de Dieu, de cet amour personnel et inconditionnel. Mais en cherchant un peu, ces doutes étaient le fruit d'un délaissement plus large : un délitement des relations sociales, une impression, à travers le regard des autres, de ne pas être aimable… La mission que nous recevons les uns vis-à-vis des autres n'est pas une mission annexe. Elle est centrale car elle est le premier signe de la fidélité du Seigneur. Un signe concret et visible. Un signe que nous pouvons sentir dans notre chair. Oui, nous sommes bien imparfaits pour attester que « rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu. » Mais le Seigneur nous le redit sans cesse : « Donnez-leur vous-mêmes » cette nourriture, signe sensible de Ma présence… Chers amis, « qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? la détresse ? l'angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » : le Christ Jésus Lui-même. Qui continue de se répandre dans le monde par Son Corps : l'Église, nous tous qui sommes baptisés… Nous avons l'urgence, par la vie fraternelle, de manifester l'amour de Dieu à chacun. Ne laissons pas le poison du doute se distiller dans le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur mais qui n'ont pas encore la grâce de découvrir un amour plus profond, moins sensible. De même qu'un ventre affamé n'a pas d'oreille, de même une personne qui n'évolue pas dans une vie fraternelle aura du mal à descendre au fond de son cœur pour y découvrir la présence du Ressuscité… Soyons ce milieu de vie fraternelle. Amen.
Voir les détails →