Article • dimanche 30 novembre
Vous connaissez bien-sûr cette fable attribuée à Ésope : Le garçon qui criait au loup. Un jeune berger s’amuse à appeler les villageois en criant : « Au loup ! Au loup ! » alors qu’il n’y a aucun danger. Les villageois accourent plusieurs fois… pour rien. Mais un jour, un vrai loup attaque son troupeau. Le garçon appelle à l’aide, mais plus personne ne le croit. Le loup dévore alors tous les moutons et même le berger. Morale de cette histoire : il ne faut pas abuser de la confiance des autres car le jour où il y a besoin d’une confiance sans faille pour réagir, il n’y a plus personne... Chers amis, est-ce que le temps de l’Avent ne serait pas un peu comme cet appel du jeune berger ? Chaque année on nous redit : Veillez ! Réveillez-vous ! C’est le moment ! Souvenez-vous de Noé : en ces jours-là on mangeait, on buvait, puis tout le monde a été engloutis.Voici le temps favorable, le Seigneur vient... Et puis plus rien. Nous avons bien installé notre crèche. Des guirlandes ornent nos maisons. Mais notre esprit n’est pas tant occupé par la venue du Christ que par la venue de notre belle famille. Sujet ô combien plus bouleversant pour notre équilibre affectif. Ou encore par les cadeaux que nous devons trouver et qui ne vont pas se révéler à nous d’un coup, comme par magie... Alors pour ce qui est de cette venue du Christ en gloire à l’improviste, on verra bien quand on y sera, on trouvera bien un petit truc à Lui dire... Chers amis, notre agir est conduit par la fin qu’il cherche. C’est toujours la destinée qui conduit le mouvement, l’action. Lorsque je fais un gâteau, j’ai l’image du gâteau que je veux faire avant de commencer la cuisine. C’est cette image qui va me permettre de choisir la bonne recette puis les bons ingrédients. Si je commençais à mettre plein d’ingrédients dans un saladier mais sans savoir ce que je veux faire, je suis à peu près sûr de faire une horreur, ou au moins de me compliquer la vie pour en faire sortir quelque chose de bon. C’est le but recherché qui fait faire les bons choix... Notre Seigneur vient nous réveiller sans cesse sur ce but. La vie chrétienne est toujours tournée vers la fin. Ce n’est pas une fuite de ce monde, bien au contraire. Seule la finalité de notre existence peut nous permettre de poser les bons choix dès maintenant, dans le quotidien. Or, cette finalité n’est autre que le dévoilement du Règne du Christ sur le monde. Si nous perdons de vue cette vérité essentielle, notre vie ressemblera à ce saladier où nous avons mis plein d’ingrédients, parfois excellents par ailleurs, mais sans consistances, et qui pourraient donner une bouillie de gâteau insipide. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Notre Seigneur est le Roi de la surprise, et pourtant Il ne nous prend pas en traître car Il ne cesse de nous mettre en garde et de nous donner la grâce pour vivre dès aujourd’hui en Sa présence. En vivant dès ici-bas de cette proximité, nous n’avons pas à craindre le face-à-face qui se prépare car alors nous saurons reconnaître le visage de l’être aimé. Tel un bébé reconnaissant ses parents à la naissance... Il n’y a pas besoin de mot car ils se connaissent déjà... Mais cette proximité ne peut pas rester une bonne tenue extérieure. C’est là où les paroles de Jésus peuvent encore nous éclairer : deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée... Rien ne semble les séparer, extérieurement ce choix simple arbitraire et injuste, mais la venue du Seigneur révèle les cœurs. C’est bien le but qui se cache au plus profond de nous, l’intention profonde, qui sera dévoilé et qui nous permettra d’accueillir la venue du Sauveur comme une bonne nouvelle et non comme un trouble, ou pire, comme l’ennemi de notre plan de vie. Quand ils diront : Paix et sécurité, alors une ruine soudaine les surprendra (1 Th 5,3). .. Il s’agit alors pour nous de nous laisser prendre, et même d’être déjà sous l’emprise du Dieu vivant dès maintenant. Elle prend forme dans la destinée qui nous met en mouvement chaque matin : l’amour et la recherche du Bien véritable. Chers amis, que ce temps de l’Avent ne soit pas pour nous simplement un énième calendrier à ouvrir chaque jour avec délectation mais bien une invitation à davantage prendre conscience de ce face-à-face qui nous attend et qui donne sens à toute notre vie dès aujourd’hui en nous permettant de libérer l’amour qui sommeille en nous. Oui, Celui-là veille qui tient les yeux ouverts à la véritable lumière ; celui-là veille qui traduit sa foi dans ses œuvres ; celui-là veille qui repousse loin de lui les ténèbres de la paresse et de la négligence... Amen.
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