Article • vendredi 2 janvier
Chers amis, avant un mariage, nous entendons assez facilement : si tu veux savoir comment sera ta femme dans 20 ou 30 ans, regarde ta belle-mère... Je vous laisse libres pour interpréter cette phrase positivement ou négativement. Je suis un homme de paix... Remarquez bien que nous avons besoin de nous projeter dans le temps, d’imaginer le futur pour nous motiver à avancer. Et si cet adage populaire doit être largement nuancé, il est plutôt utile lorsque nous évoquons la vie divine. Si nous voulons savoir à quoi nous sommes appelés et ce que nous pouvons devenir, nous devons regarder Marie, la première des sauvés... La Très Sainte Vierge Marie n’a rien à voir avec une statue de plâtre, aussi réussie soit-elle. C’est une femme entièrement sous l’emprise du Dieu vivant. Et par cette emprise librement choisie, elle reflète pleinement la beauté de Dieu. Cette beauté qui est nôtre si nous l’acceptons... Notre Dame brille. Elle reflète le visage de Dieu, même au coeur des souffrances de ce monde. Souvenons-nous de cet être si fragile debout au pied de la croix, fidèle dans l’amour. Elle est semblable à la lune qui reflète le soleil au coeur de la nuit. Qui continue d’indiquer la route à suivre quand la vue est obscurcie... Et nous sommes, nous aussi, appelés à vivre cette bénédiction du livre des Nombres : “Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce.” Mais alors, “comment cela va-t-il se faire ?” Un comportement de Marie, que nous connaissons bien, nous le révèle : “Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur”. Nous pouvons aussi lire en grec à la place d’événements, “les paroles dites”. Avec Marie, tout événement devient Parole de Dieu. À nous de pouvoir les vivre ainsi également... Notre Dame nous apprend deux attitudes par ce verset. Pour retenir un événement, il faut d’abord le voir. Pour le méditer dans son coeur, il faut s’en souvenir. Regarder et se souvenir, deux verbes qui peuvent guider notre année afin que nous grandissions dans l’amour. Regarder. Apprendre à repérer la présence du Seigneur. Apprendre à regarder le monde avec une regard neuf. Apprendre à voir au-delà des apparences, au-delà même du visible. “Si ton oeil entraîne ta chute, jette le loin de toi”, au-delà de tes limites... Permettez-moi de vous raconter une petite anecdote. Lorsque j’étais séminariste, nous sommes tous partis en pélerinage à Rome. Avec nous il y avait un couple de retraités qui terminait son service d’intendance pour le séminaire. Comme cadeau de départ ils étaient venus avec nous. Ils n’avaient jamais voyagé. Lors des différentes visites dans ces lieux grandioses, nous étions tous un peu excités. Pour beaucoup, c’était notre premier pélerinage dans la ville sainte. Pourtant, rapidement, nous étions un peu blasés. Nous sommes une génération de repus. Nous avons trop l’habitude des voyages. Notre regard était habitué. C’est alors que ce petit couple de retraité a sauvé notre pèlerinage. Ils étaient émerveillés de tout. J’ai découvert Rome davantage à travers leur regard qu’à travers le mien déjà usé par ma jeunesse gavée d’images... Il faut un regard vierge pour découvrir ce monde et pour y repérer toutes ses richesses... C’est ce nouveau regard que nous devons demander pour l’année qui commence. Un regard de pauvre, capable d’accueillir avec empressement le don de Dieu. Mais il ne suffit pas de regarder, encore faut-il faire mémoire de ce que nous avons vu afin que le monde soit peu à peu décodé. C’est le temps qui révèle ce que nous avons vu. Non pas grâce à une photo qui fige le passé, mais bien plutôt par notre mémoire qui fait vivre les souvenirs. C’est dans cette évolution que Dieu peut nous communiquer son évangile de vie. C’est d’ailleurs la force de la Parole de Dieu inscrite dans les Saintes Écritures. Ce n’est pas une histoire figée dans une image. Mais bien le fruit de la grâce qui a travaillé la mémoire d’un peuple... L’Esprit-Saint ne se fige pas dans les événements, mais il les fait parler. Encore nous faut-il accepter de les laisser vivre en nous... Marie les a gardés tout au long de sa vie et ce n’est qu’au pied de la croix qu’elle les a vraiment saisis. Mais chaque jour, ces événements lui ont donné la force pour faire ce pas qu’elle devait faire. Le pas de la foi, de la confiance en la puissance de vie de Dieu. C’est la mémoire de tous les bienfaits reçus et de toutes les grâces accueillies même au coeur de l’épreuve, qui l’ont conduite jusqu’au matin de la résurrection. Le matin où tout l’amour prend sens. Mes amis, demandons cette grâce d’avoir un regard renouvelé sur le monde. Et prenons l’habitude de relire notre vie, les événements qui la traversent. Cette relecture régulière, et même quotidienne, nous donne les clefs pour briller comme la lune. Et c’est ainsi que la paix de Dieu nous inondera, même au coeur des épreuves qui jalonnent notre histoire. “Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur” (1Co 1,9). Amen.
Voir les détails →