Article • dimanche 24 mai
Homélie - Pentecôte
Chers amis, pourquoi être chrétien aujourd'hui ? Pourquoi être baptisé ou bien recevoir la confirmation ? Finalement, est-ce que cela change quelque chose ? Nous pouvons reconnaître que nous nous retrouvons facilement face à ce type de questions, exprimées de manière plus ou moins explicite. Peut-être qu'elles habitent parfois notre cœur. Peut-être y avons-nous été confrontés par les réflexions d'une autre personne. Ou bien, plus difficile encore, peut-être que nous nous sommes retrouvés sans voix face à l'objection d'un adolescent ne désirant pas franchement poursuivre son initiation chrétienne, ou de sa foi baptismale… Ne dédaignons pas de nous confronter à ces questions qui peuvent nous sembler provocatrices. Elles ont pleinement leur raison d'être ! C'est vrai ! Car si le baptême, si le fait d'être chrétien ne change rien par rapport aux autres, alors à quoi bon ?! Nous serions les plus malheureux des hommes ! Est-ce que la différence qui nous démarque est de l'ordre du salut ? Nous le savons, c'est le Christ qui est l'unique Sauveur. Mahomet ou Bouddha ne sauvent pas. Aucune religion païenne ou autre spiritualité diverse et variée n'est capable de nous offrir le salut. Ce salut qui est la possibilité d'aller au Ciel, de vivre dans l'amitié avec Dieu. Il n'y a que Jésus, l'unique Médiateur, qui nous offre cela. Mais alors, tous ceux qui ne connaissent pas le Christ sont-ils condamnés aux flammes de l'Enfer ? Évidemment que non ! Et le concile Vatican II a cette phrase lumineuse : “puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal.” Et cette manière d'associer toutes les personnes au Salut apporté par le Christ nous dépasse : elle est un secret de l'amour de Dieu… Mais alors, à quoi bon être chrétien ? Si tout le monde est sauvé grâce au Christ, même ceux qui ne le suivent pas, pourquoi se donner du mal à vivre des sacrements qui peuvent bien des fois nous ennuyer ?… C'est une question ô combien importante, car sans une reconnaissance de la spécificité chrétienne, nous sommes condamnés à devenir des tièdes, et donc à perdre ce sel que nous devons apporter au monde. Le premier point de notre spécificité de baptisés se situe dans l'ordre de l'amour. Il y a un amour chrétien spécifique. Vous me direz que les chrétiens ne sont pas forcément des champions de la charité, et vous avez raison. C'est d'ailleurs une immense tristesse. Vous me direz également que des non-baptisés vivent une charité incroyable, et vous avez raison. C'est d'ailleurs par cet amour qu'ils sont le mieux associés au Mystère pascal et qu'ainsi ils entrent dans le Royaume de Dieu. Car « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour »… Mais il existe bien un amour chrétien. Une manière de vivre la charité qui est le propre des baptisés. Et cette manière, c'est celle du Christ seul. Par le baptême, nous pouvons aimer, non pas simplement avec notre petit amour humain, mais avec l'amour même du Christ. C'est cet amour qui va « jusqu'au bout », comme nous le lisons au début de Sa passion. Le « jusqu'au bout » de la charité n'est possible que par notre configuration au Christ. Configuration que nous recevons justement par le baptême ! Et c'est bien notre malheur de ne pas laisser resplendir la face de Dieu sur nous. Car nous recevons tout, par les sacrements particulièrement, pour vivre cet amour capable d'aimer « jusqu'au bout »… Et pour en avoir des exemples concrets, je vous laisse y réfléchir. Je pense que vous pouvez trouver des situations qui nécessitent cette grâce. Les occasions de donner son pardon peuvent en faire partie. Mais il y a également un deuxième point qui révèle ce que nous devenons par le baptême. Nous ne sommes pas simplement sauvés. Nous sommes appelés à devenir sauveurs. Le baptême fait de nous des coopérateurs de la grâce de Dieu. Nous ne sommes pas que des bénéficiaires, mais bien des collaborateurs ! Nos actes et nos paroles peuvent participer au salut des autres, de tous les pécheurs. Oui, par la vie sacramentelle, nous sommes appelés à devenir dieux par participation ! Et ne me croyez pas fou ou hérétique ! Cette affirmation est dans la plus stricte tradition de l'Église, depuis les premiers siècles. Nous ne sommes pas « juste » sauvés : le baptême fait de nous des sauveurs. Lorsque l'Esprit-Saint se saisit d'une personne, il la divinise, pas moins que cela… Que c'est grand ! Et cela doit transformer totalement notre vie ! Car toute action peut devenir source de salut à partir du moment où l'Esprit y est invité. Oh, peut-être que cela nous semble trop grand. Ou bien peut-être que cela ne nous intéresse pas. Après tout, être sauvé de nos péchés et de tout mal, cela nous suffit bien… Mais quelle erreur de notre part si nous passons à côté d'un si grand cadeau ! Ne nous contentons pas du strict minimum. Le règne de l'amour, c'est le strict maximum !… Et il n'y a rien d'autre qui puisse révéler ce que nous sommes vraiment, qui puisse répondre à nos désirs les plus grands. La vie en Dieu supprime toutes les limites de ce monde. Le « vous serez comme des dieux » du Tentateur de la Genèse est dépassé par cette participation à la vie trinitaire. Chers amis, c'est cela que nous devons partager avec ceux qui se demandent pourquoi être chrétien (en nous adaptant à la compréhension de chacun, évidemment…). C'est cela que nous devons faire découvrir à nos ados qui ne savent plus où trouver le bonheur. Oui, « la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine », et c'est par la grâce baptismale, par la confirmation et l'Eucharistie, que nous recevons cette divinisation. Amen.
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