Article • dimanche 12 avril
Chers amis, cet évangile que nous venons d’entendre est bien connu. C’est peut-être même l’évangile préféré des personnes athées ou qui ne veulent pas prendre position sur la question de Dieu. C’est peut-être également l’évangile que nous ressortons bien volontiers lorsque nous voulons nous dédouaner devant un engagement dans la foi qui nous semblerait trop difficile. Voir pour croire. Comme si cela avait été suffisant pour les disciples... Lisons les différents récits racontant les apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples. Nous les avons tous entendus cette semaine. Et nous remarquons bien une chose : tous les disciples passent à côté de Jésus sans le reconnaître. Ils voient, c’est vrai ! Mais ils n’arrivent pas à nommer en vérité ce qu’ils voient, Celui qu’ils voient. Il faut une intervention de Jésus Lui-même pour se faire reconnaître... Ce n’est pas le fait de voir qui donne la foi, mais bien le fait de croire qui permet de voir au-delà des apparences. Et pour nous aujourd’hui il en est de même. Mais alors, qu’est-ce qui a suscité la foi des disciples et leur a permis d’ouvrir les yeux ? À chaque apparition, Jésus accomplit un signe. Souvenez-vous de la rencontre avec Marie-Madeleine. Elle voit des anges, puis elle voit Jésus lui-même mais le prend pour le jardinier. Rien de cela ne l’impressionne et n’arrive à la convaincre du grand miracle qui s’est produit dans ce jardin. Il lui faudra entendre Jésus l’appeler par son nom pour qu’elle saisisse au plus profond d’elle-même la victoire de la vie sur la mort... Pour les disciples marchant vers Emmaüs, c’est le signe de la fraction du pain qui ouvre leurs yeux. Un rappel manifeste du don de la vie du Christ pour eux... Et aujourd’hui, avec les disciples, ce qui vient briser le mur de l’incrédulité c’est la vision des stigmates. Jésus montre ses plaies, fruits de sa vie livrée pour nous jusqu’à la croix... Chers amis, à chaque fois, ce qui enlève le voile qui couvre les yeux des disciples c’est la découverte de la miséricorde du Seigneur. La fraction du pain, les stigmates, ou encore ce nom prononcé d’une manière unique, sont toutes des manifestations de l’amour de Dieu qui se donne sans compter... La foi des disciples naît de la découverte d’un amour inimaginable. Saint Paul l’exprimera ainsi : “l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort” (2 Co 5,14). La foi est le fruit d’une relation car la foi est synonyme de la confiance. Et c’est bien ce manque de confiance qui est le grand problème de Thomas. Il ne fait pas confiance en ses amis avec qui il partage la vie depuis trois ans... Mais lorsque Jésus arrive au milieu d’eux, Thomas fait un immense acte de foi. Ne nous moquons pas trop rapidement de ce disciple qui semblerait ne croire que ce qu’il voit. En réalité, dans son acte de foi exprimé par ces mots “Mon Seigneur et mon Dieu”, il croit ce qu’il ne peut pas voir : la divinité du Christ. Il n’est pas dit que Thomas touche les plaies de Jésus. En revanche, il fait l’expérience de l’amour de Dieu qui vient le rejoindre là où il est. Lui qui était prêt à mourir avec Jésus en allant à Jérusalem, comprend désormais qu’il faut plutôt vivre avec Lui et donner sa vie comme Lui. Chers amis, il est intéressant de repérer que les disciples ne reconnaissent pas le Christ parce qu’ils sont aveuglés par tant de douleur et de tristesse. Saint Thomas lui-même, lui qui a un tempérament de feu et qui s’engage avec une immense générosité à la suite du Christ, est aveuglé par sa mélancolie et n’ose pas croire le témoignage des dix autres... Qu’en est-il pour nous ? Qu’est-ce qui nous aveugle et nous empêche de reconnaître la présence du Ressuscité dans notre vie ? Est-ce l’expérience de notre péché comme saint Pierre ? Est-ce une générosité déçue par un échec apparent comme saint Thomas ? Ou bien le sentiment de ne plus être aimé comme pour Marie-Madeleine ?... Face à tout cela il n’y a qu’un remède : notre relation personnelle avec Jésus qui est vivant. Saisir, encore et encore, qu’il a livré sa vie pour nous. Alors nous aussi nous serons saisis par l’amour de Dieu. Nous découvrirons que nous sommes faits pour la vie et que nous devons lâcher tout ce qui nous tire vers la mort, en commençant par une certaine complaisance dans la tristesse. Alors nous “exulterons de joie, même s’il faut que nous soyons affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; [...] nous exulterons d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car nous allons obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de notre foi.” (1 P 1) Amen.
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