Article • dimanche 1 mars
Chers amis, une question revient sans cesse dans la bouche des jeunes : “mon père, comment être sûr ?” Comment être sûr que Dieu existe ? Comment être sûr de notre vocation ? Comment être sûr que c’est bien la bonne personne avec qui se marier ?... Et nous comprenons ces questions. Elles sont légitimes et témoignent d’un désir de bien faire. Elles disent un cœur qui ne veut pas se tromper de bonheur. Notre vie est trop précieuse pour être vécue à la légère ! Cependant, ces questions sont-elles réellement justes ?... Nous savons que la foi ne s’appuie pas sur une certitude scientifique. Elle ne relève pas de l’évidence qui s’impose. Elle est le fruit de la confiance. Regardons Abram. Il quitte tout : famille, amis, pays, sans réellement savoir le but de son voyage ! Mais il part avec confiance en cette parole du Seigneur qui l'a saisi : “En toi seront bénies toutes les familles de la terre.” Lui, l’homme sans descendance, est appelé à devenir source de bénédiction pour le monde. Folie pour les hommes. Sagesse du Très-Haut. Peut-être qu’on m’objectera que c’était plus facile pour Abram car lui, au moins, il a entendu Dieu. Mais en réalité, nous ne savons pas comment cet appel s’est produit. Et même si Dieu lui avait parlé d’une manière claire et indiscutable, cela aurait-il suffi pour engendrer la confiance ? Rien n’est moins sûr. N’oublions pas que lorsque le Seigneur se manifeste il y a toujours cette “nuée lumineuse qui couvre de son ombre”, comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile. Une lumière qui fait de l’ombre. Logique et surprenant. Mystère d’une lumière qui, en se donnant, voile encore. Ce n’est pas contradiction, mais pédagogie divine : Dieu se laisse connaître sans cesser d’être le Tout-Autre. Souvenez-vous du peuple hébreux fuyant l’Égypte, c’est une “ténèbre lumieuse” qui les conduit dans le désert. Lumière et ombre. Lorsque nous suivons le Seigneur, lorsque nous le contemplons, nous sommes toujours confrontés à cette expérience en apparence contradictoire. Une lumière nous éclaire et nous dévoile un mystère immense. Et plus le mystère est eclairé, plus il est voilé et nous échappe. Plus Dieu se révèle, plus il nous dépasse. Qu’ont réellement compris Pierre, Jacques et Jean de la Transfiguration ? À en juger par leurs réactions ultérieures, bien peu de chose. La lumière de la gloire de Dieu a pourtant resplendi sous leurs yeux, mais avec elle, c’est l’ombre de leurs limites pour la saisir qui s’est manifestée. C’est aussi l’ombre de notre liberté pour l’accueillir... Notre vie est également traversée par cette “nuée lumineuse qui nous couvre de son ombre”. Une ombre qui n’est pas très rassurante. Mais elle est inhérente à notre vie ici-bas... Et la foi, comme tout engagement, nous invite à un risque. C’est le risque de la relation. C’est le risque de la confiance. Le seul qui permette un amour authentique. Chers amis, je comprends ces jeunes, et moins jeunes, qui veulent s’appuyer sur une certitude. Mais la certitude chrétienne n’est pas celle d’une évidence scientifique qui s’imposerait de l’extérieur à notre raison. Elle est d’un autre ordre : elle naît de la confiance, elle s’enracine dans la fidélité éprouvée de Dieu. Nous pouvons être sûrs de Celui qui a livré Sa vie et qui a versé jusqu’à la dernière goutte de Son sang… Il est vrai pourtant que notre capacité de confiance est fragile. Nous avons parfois cru en des paroles qui se sont révélées inconsistantes. Nous avons remis notre cœur, et il a été blessé. Le mensonge et la trahison nous blessent bien plus profondément que ce que nous imaginons. Car notre coeur est fait pour donner sa confiance et entrer dans une relation d’amour. Cela est inscrit en nous pour nous livrer plus facilement à l’amour du Père des miséricordes... Ainsi, chaque déception, chaque coup d’épingle contre notre capacité à faire confiance, ne touche pas seulement notre équilibre affectif : il détériore en profondeur notre relation au Créateur… Mes amis, prenons garde de ne pas être de ceux qui participent à la destruction de cette capacité à faire confiance dans les coeurs de nos frères ! Ce n’est pas seulement notre relation avec eux qui se joue, mais bien leur relation avec le Créateur... La foi est un risque à prendre, une confiance à donner. Comme le mariage ou la vocation religieuse ou sacerdotale. Un risque qui vaut le coup et qui demande notre engagement généreux. Car c’est ainsi que nous découvrirons notre vrai bonheur. C’est dans ces relations que nous trouverons notre joie. Cette joie que le Père trouve en Son Fils. Cette joie que les disciples découvrent au sommet de la montagne, dans le silence de la contemplation, dans l’attention amoureuse d’une présence... Et lorsque nous goûtons cette Présence, nous savons que la meilleure chose à faire est de tout quitter et de vivre dans la confiance. Alors notre vie devient, à son tour, source de bénédiction pour le monde. Amen.
Voir les détails →