Article • mardi 17 février
Homélie - 6 ordinaire A
Chers amis, nous connaissons bien Saint Augustin, ce géant de la théologie catholique. Grand saint par son témoignage de vie, notamment dans sa quête immense du Dieu véritable. Son histoire, traversée d’errements et de grâces, demeure pour nous un témoignage d’espérance : nul égarement n’est hors de portée de la miséricorde. Que notre nouveau pape soit issu de la spiritualité augustinienne n’est pas anodin... J’aimerai retenir notre attention sur une oeuvre de ce grand théologien : son traité contre Fauste. Fauste est un manichéen. Nous le savons, Augustin a été attiré pendant une partie de sa vie par cette hérésie qu’est le manichéisme. C'est une doctrine qui oppose radicalement le bien au mal (un dualisme mettant deux forces égales en opposition), et qui considère la matière comme fondamentalement mauvaise... Après avoir adhéré à la vérité du christianisme, Saint Augustin consacra son génie à réfuter ces erreurs et celles de bien d'autres courants. Et c’est ce qu’il fait dans son oeuvre Contra Festus, contre Fauste. Dans son argumentation, Augustin va commenter les premiers versets de l’Évangile que nous venons d’entendre : “Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.” Il reproche aux manichéens de rejeter, ou d’altérer, les textes bibliques pour imposer leur doctrine fallacieuse. Il est tentant de faire dire n’importe quoi à la parole de Dieu. Ou plutôt, il est tentant de justifier nos erreurs ou nos aveuglements par un commandement divin. Une demi-vérité pour nous donner bonne conscience. Les manichéens vont ainsi rejeter des passages entiers de l’Évangile, énonçant gratuitement que tel verset ne peut pas venir de Jésus lui-même mais qu’il a été ajouté ensuite par de mauvais disciples. Comme quoi, ce n’est pas nouveau... Ils font des choix. Or, nous le savons bien, en grec le mot choix se dit αἵρεσις, haíresis. L’hérétique est celui qui fait un choix dans ce qu’il faut croire. Chers amis, risquerions-nous alors d’être “tous hérétiques” ? En effet, nous ne sommes pas à l’abri de faire notre petite cuisine dans les commandements du Seigneur. Nous ne sommes pas à l’abri de choisir les bornes entre lesquelles pourra s’exprimer notre amour... Je vous rassure un peu, au séminaire, lorsque nous avions peur de devenir hérétiques par nos propos théologiques, nos professeurs s’empressaient d’ajouter : “Ne vous inquiétez pas, pour être hérétique, il faut être intelligent.” À bon entendeur... Mais il est vrai que nous nous engageons parfois dans des hérésies par médiocrité ou par méconnaissance de notre foi. Mais surtout par manque de confiance en l’amour de Dieu. Car tout découle de cet amour et de sa contemplation. En cela, le rôle de l’Église est absolument vital. Elle est la gardienne de l’intégrité du dépôt de la foi. C’est elle qui nous permet de ne pas piocher ce qui nous arrange mais d’accueillir pleinement la vérité de Dieu. Une vérité qui nous dépasse et qui nous déplace. Si Dieu a institué une communauté, ce n’est pas simplement pour une question organisationnelle. Par ce cadeau, le Seigneur nous permet de prendre de la distance avec nos interprétations subjectives de Sa parole... Aujourd’hui ce n’est pas la “sagesse de notre monde”. La vérité se confond avec la sincérité. On tend à opposer la spiritualité et la religion, comme si le cadre empêchait toute expérience profonde de Dieu. Pourtant, seule la religion permet de sauvegarder la transcendance de Dieu et son Mystère. Il est vrai que cette perspective est moins rassurante, car elle nous fait renoncer à l’illusion de la maîtrise. Ou plutôt, elle nous appelle à choisir ce que nous n’aurions pas choisi, ce qui ne nous arrange pas forcément. C’est le début de la conversion. Choisir ce qui nous est révélé, ce que nous n’avons peut-être pas encore compris. Là se trouve un acte de foi, c’est-à-dire de confiance. Non d’abord en des hommes, mais en Dieu Lui-même qui a choisi de se communiquer à nous ainsi. C’est en cela que nous pouvons dire, à la suite de Ben Sira : “il dépend de ton choix de rester fidèle.” Il dépend de notre choix de ne pas jouer aux anges, qui n’ont pas besoin de loi pour rester fidèles à l’amour de Dieu. Il dépend de notre choix d’aller à la racine de tous les commandements : l’amour de Dieu et du prochain. Chers amis, que de jours en jours nous nous laissions saisir par l’Esprit-Saint. Choisissons de nous laisser prendre par Lui pour être façonnés à l’image du Père. Choisissons l’entierté de l’amour de Dieu qui se révèle à la croix. Amen.
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