Article • lundi 15 septembre
Il y a quelques temps, un homme s’énervait sur la place trop importante que nous laissons à la croix dans nos églises. Il trouvait cela culpabilisant et mortifère. Ça n’est pas vendeur. Il faudrait plutôt avoir un Jésus Bon Pasteur, doux et tendre. Là se trouve la solution pour remplir nos églises... Et c’est bien tentant ! Après tout, nous sommes plus attirés par quelqu’un qui nous cajole que par quelqu’un qui nous montre ses multiples plaies... Et pourtant, aussi étonnant que cela puisse sembler, ce n’est pas la voie qu’ont choisie les premiers disciples. Dès les débuts de l’annonce de l’Évangile, les apôtres et les missionnaires ont proclamé un Dieu crucifié. Scandale pour les juifs, folie pour les païens ! Cette annonce allait à l’encontre de toute logique humaine. Mais, grâce à Dieu, l’Évangile n’a pas été déformé pour s’adapter à notre bon sens, souvent trop étroit. La vérité du cœur de Dieu devait être dévoilée, et c’est par la Croix que ce voile a été levé. Ce n’était pas l’objectif des Romains, c’est évident. Ce supplice n’avait pour but que de terroriser. Jésus et ses compagnons de potence ont été crucifiés à la sortie de la ville, le long de la route principale. Des corps livrés aux regards de la foule, brandis comme un avertissement : voilà ce qui arrive à ceux qui défient les puissants. Cela aurait pu être la fin de cette petite communauté et la victoire du Prince de ce Monde. Le Fils de Dieu, torturé, exposé comme un trophée par Satan dans une tentative de prouver sa domination. Mais voilà que trois jours après tout est bouleversé. Et, désormais, des milliers d’hommes et de femmes s’avancent, paisibles, vers leur propre croix. Ce qui devait inspirer la peur devient source de gloire. La menace n’a pas d’effet devant l’honneur de suivre les pas de celui qui fut et demeure le plus beau des enfants des hommes. Mais la réconciliation avec le Calvaire n’était pas encore totale. Car elle exige plus qu’une compréhension extérieure : elle demande notre union au Christ pour entrer dans Sa Sagesse. Trop longtemps, la croix a été perçue comme une accusation. C’est précisément ce que reprochait cet homme qui souhaitait que toutes les croix soient retirées de nos églises. À ses yeux, la croix ne signifiait qu’une chose : regardez ce que vous avez fait. Convertissez vous où vous brûlerez en Enfer. Et je ne peux pas lui donner totalement tort. Car oui, la contemplation du mystère de la croix vient dévoiler les intentions de notre coeur. Saint Léon le Grand l’exprime ainsi : A la vue du Christ élevé en croix, il ne faut pas, mes bien-aimés, que votre pensée s’arrête à ce seul aspect extérieur qui frappa les yeux des impies [...] En effet, à la vue du Seigneur en Croix, les impies ne pouvaient apercevoir en lui autre chose que leur crime ; ils tremblèrent de crainte, non pas de la crainte qui justifie dans la vraie foi, mais de celle qui torture une conscience coupable... Tout mal commis participe à la souffrance du Christ. Et nous comprenons alors pourquoi certains sont prêts à crier : Cachez-moi cette croix que je ne saurai voir ! Préférant ainsi se cacher dans une ignorance feinte... Mais ils oublient simplement que révéler un mal est une libération avant d’être une condamnation. La condamnation arrive seulement si nous préférons nous accrocher au mal plutôt que nous convertir... Pourtant, le signe de la croix dépasse tout cela. Elle n’est pas une menace, mais une invitation. Non pas d’abord une condamnation, mais une révélation : la révélation de l’amour de Dieu, du don total qu’Il fait de Lui-même. Et cette lumière transfigure toutes les croix qui jalonnent notre propre existence. Pour nous aussi elles deviennent les lieux où révéler notre amour. C’est toujours dans l’adversité que se révèle le coeur des hommes, cette capacité, ou non, à aimer jusqu’au bout. Ne cherchons pas les croix dans notre existence, c’est évident. Mais ne les fuyons pas non plus. Accueillons-les et vivons-les de manière à ce que l’amour triomphe, en étant unis au Christ. Là se trouvera la grande fécondité de notre vie. Chers amis, dépassons la menace et l’accusation, et entrons dans l’invitation que le Christ nous fait. Exaltons la Croix du Christ qui nous manifeste ce que veut dire “aimer”. Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection ; par lui, nous sommes sauvés et délivrés. Amen.
Voir les détails →